
Les universités françaises en bas de classement
Publié au début du mois d'août, le classement de Shanghaï fait figure de référence pour comparer les différentes universités du monde. Les résultats des établissements français - déjà mal positionnés l'an dernier - sont en légère baisse. Seules 3 universités - Paris VI, Paris XI et Normale Sup - figurent au sein des 100 premières ; la plus performante d'entre elles selon ce classement culmine à la 42ème place.
Au classement général, la France se trouve en 7ème position. Elle n'a certes pas à rougir d'être devancée par les Etats-Unis, champions cette année encore, qui après tout concentrent presque 5% de la population mondiale. Mais voilà, on ne peut guère brandir l'argument démographique, ni même économique, pour expliquer notre dépassement dans la dernière ligne droite par la Suède. Avec 0,1% de la population et 0,8% du PIB mondial, l'élan a renvoyé le coq, ses 0,9% de la population et ses 4,6% du PIB, tout penauds, au vestiaire.
Une pertinence contestée pour l'exception française
De nombreux facteurs expliquent tout de même, et justifient un peu, les mauvaises notes attribués au système français par l'impitoyable jury. En particulier, le classement s'appuie sur la quantité et la qualité de la recherche effectuée au sein de l'établissement. Hors, en France, éducation et recherche sont souvent dissociées: universités d'une part, CNRS de l'autre. Les enseignants-chercheurs préfèrent souvent la signature du CNRS, jugée plus prestigieuse. Le jugement du classement chinois ne reflète donc pas l'ensemble des publications de la recherche française, mais sanctionne l'apparente passivité des universités de l'hexagone dans ce domaine.
En outre, la taille joue un rôle considérable dans le classement : sur un simple calcul quantitatif, les très petites promotions du très prestigieux établissement de la rue d'Ulm ne saurait rivaliser avec les milliers d'étudiants qui sortent du MIT chaque année. Le système français n'a traditionnellement pas favorisé l'émergence de pôles universitaires d'excellence aux effectifs importants. Plus exactement, il est notoire que les étudiants les plus performants se dirigent en masse vers les Grandes Ecoles, une spécificité française dont les plus grosses promotions atteignent difficilement 500 élèves. La plupart, en outre, sont orientées vers l'industrie et les métiers opérationnels : elles n'ont développé que tardivement des compétences dans la recherche.
Voilà qui nous console un peu... pourtant, nous aurions tort de trouver cela réconfortant au point de ne rien changer. Il est difficile de savoir si la qualité de l'enseignement fourni au Japon ou en Suède surpasse réellement celui dispensé dans les établissements d'enseignement supérieur français. Mais la majorité des étudiants internationaux ne pondèreront pas le classement de référence mondial par des critères historiques dont ils ont rarement connaissance. De même, on ne pourra tenir rigueur aux journalistes du Los Angeles Times de titrer sur les défaillances du système d'éducation français, vanté par ses thuriféraires pour son rôle d'"ascenseur social". De fait, l'attractivité de notre enseignement supérieur se jouera donc sur ces critères jugés universels. Par voie de conséquence, nous risquons fort de ne pas être en mesure d'attirer les meilleurs étudiants à l'échelle mondiale, de ne pas améliorer la qualité de notre « vivier » éducatif, et donc de ne pas rayonner autant que nous le voudrions... ce qui couperait court à nos rêves de médaille.
Certains chefs d'établissement l'ont bien compris. Ils lancent peu à peu de grands mouvements de rapprochement entre établissements, développent massivement leurs programmes d'échanges, augmentent la proportion de cours en anglais... C'est peut être le début d'une nouvelle dynamique pour l'éducation supérieure française, qui devra sans doute faire évoluer ses fiertés nationales post-classes préparatoires en ce sens. Qui sait, on pourra peut-être alors commencer à rêver à la cuillère de bois.
